Le Studio de Créativité

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La liberté d’être soi à travers l’expression créative

par Nathalie Ristord

mai 2009, revue Cheminement

 

Alors que la société nous invite à nous fondre dans la masse, et à adopter un mode de vie calqué sur la norme, de plus en plus le désir de vivre hors du moule s’impose à nous.

 

Comment exister en tant qu’individu dans un milieu qui standardise les comportements?  La réponse est loin d’être si évidente et, contrairement à notre mode de fonctionnement en société, elle mérite une approche personnelle.  Chacun d’entre nous doit trouver un mode d’expression qui lui est propre.  Pour ce faire, il faut explorer différents sentiers et demeurer sincère dans notre démarche.

 

Nous sommes happés par toutes sortes de distractions extérieures diluant le temps en une unité de mesure qui nous échappe.  L’humain hyperactif se voit obligé de repousser constamment l’instant de la rencontre avec son monde intérieur.  Il est donc primordial de consacrer des moments au ressourcement, à l’analyse de nos désirs et à l’expression des ressentis de manière stimulante.  Toute énergie créative refoulée engendre une accumulation énergétique qui peut aisément se transformer en frustration.

 

Des outils pour une rencontre créative avec soi-même?  L’écriture, la peinture, le collage, le jardinage, la cuisine : toute activité libératrice permettant une déconnexion avec un quotidien surchargé. Nous ne nous soucions plus alors du produit fini et créons un lien direct avec le plaisir du moment présent.

 

Pour que l’activité soit bénéfique, nous devons repousser la voix culpabilisante de l’égo comparant nos créations à celles des artistes professionnels.   L’expérience doit être abordée comme un jeu, une aventure sans risque, sinon celui de s’y replonger à nouveau.

 

Peu importe l’activité retenue, c’est dans la pratique régulière que l’aisance expressive se manifeste.  Alors qu’au début les mots, les formes, les couleurs et les ingrédients paraissent hésitants, ils émergent ensuite avec une facilité procurant détente, satisfaction et engouement.

 

Afin que notre personnalité puisse s’épanouir, il faut accepter d’être vrai au moment de poser le geste créatif.  Admettre que notre expression puisse parfois être plus sombre encourage l’acceptation des différents pôles de notre caractère.  Évitons alors toute analyse qui pourrait freiner l’élan créateur et accueillons l’émotion telle qu’elle se présente.  La libérer nous rapprochera davantage de l’essence de notre être.

 

Des gens vrais, connectés à eux-mêmes : c’est ce dont la société a besoin afin de dépasser l’uniformité et encourager l’expression de la différence.

 

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Créer en famille, créer sa famille, en toute simplicité

par François Mathieu

février 2009, revue Cheminement

 

    La réussite d'une rencontre créative en famille nécessite la réunion de plusieurs conditions, comme pour tout acte de création. L'une d'elles consiste bien sûr à se réserver un lieu adéquat (séjour, chambre, sous-sol,...) et une plage de temps suffisante pour ne pas étouffer dans l'oeuf une activité qui a besoin de prendre son envol. Il s'agit également de se faire plaisir et de miser sur la confiance, en soi et dans nos proches. L'importance de cette démarche familiale réside bien moins dans l'objectif à atteindre, que dans l'écoute de notre processus créatif, un pas après l'autre et en toute simplicité avec ceux que l'on aime. Enfin, les encouragements, l'esprit du jeu et la spontanéité sont de fidèles alliés pour éviter le sabotage de l'autocritique et des jugements de valeur sur autrui. Très nombreux sont ceux qui dénigrent leur propre potentiel créateur. J'ai fait partie, moi-même, de ceux dont le verdict est en général sans appel, aussi tranchant que la lame du bourreau :  « Moi, je ne suis vraiment pas douée en dessin ! » ou « Je ne sais pas écrire ». Il est étonnant de constater à quel point l'autocritique – et l'autocensure qui peut en découler – sont des modes de pensée pour lesquels tant de gens développent presque du talent. Une sorte de  conditionnement dés le plus jeune âge a relégué la création à une pratique secondaire, voire tout simplement inutile, et réservée à une élite d'intouchables. Pourtant, faire du beau m'apparaît totalement accessoire, tandis que risquer d'être vrai, au diapason de soi-même, constitue le défi majeur de la vitalité.

 

    C'est en devenant père que j'ai expérimenté des jeux créatifs au sein de la famille, afin de tisser des liens plus subtils entre parents et enfants, mais aussi à l'intérieur du couple. Cela a confirmé une fois de plus que la créativité, cet élan vital qui caractérise l'être humain, coexiste autant chez l'enfant que chez le parent adulte. Dans un univers où le travail et le temps prennent beaucoup de place, la créativité rapproche et consolide. Depuis que notre enfant, le plus grand, est en âge de nous accompagner dans nos créations, nous nous retrouvons régulièrement pour du dessin, des collages, de la peinture et des créations originales autour de la table de la cuisine. Ces moments exceptionnels font aujourd'hui partie de notre quotidien. Pour réaliser des cadeaux, bien sûr, mais surtout sans objectif particulier, pour passer un moment de détente et de plaisir, ensemble. L'avantage est aussi de reléguer aux oubliettes pour quelques heures l'omnipotence des écrans de télévision, de jeux et de téléphonie, capables d'aspirer toute une famille dans son gouffre de passivité et d'individualisme.

 

    Cette initiative créative est aussi venue bousculer des traditions ancrées depuis des générations, comme Noël et les fêtes d'anniversaire. La croissance de nos enfants a coïncidé avec une surabondance de cadeaux souvent inutiles et dispendieux. Cette tendance ne cesse de s'accroître, avec à chaque fois la torture quasi-obligatoire, pour nous autant que pour les autres, de « faire plaisir » et de trouver une bébelle à chacun. En particulier, cette tradition de fêter on ne sait plus trop quoi – le changement d'année, la naissance d'un messie ou l'arrivée du gros barbu par la cheminée – me pèse de plus en plus péniblement. La question s'est posée et se pose encore avec acuité : comment sortir de la spirale infernale du cadeau obligé ?

 

    Cela n'a pas été facile et ce n'est pas encore gagné, nous avons pourtant introduit l'idée d'offrir « autre chose » à nos proches. Quelque chose de plus humain, dans lequel nous investissons temps, passion et bonne humeur. Nous risquons une attitude différente, démontrant à chaque fois qu'il est possible de s'amuser, et de grandir aussi, dans une activité de créativité familiale. La dernière fois, nous avons ainsi disposé de vieilles chutes de contreplaqué, de colle et de restants de peinture, auxquels se sont  rajoutés roches, bois flotté et morceaux de verre dépolis ramassés sur la grève de Tadoussac. Cet assemblage magique a permis la fabrication de cadres à photo très originaux. Dans ces moments-là, plus besoin de parler, car ce sont les mains qui se mettent à raconter, les pinceaux qui chuchotent et les sourires qui créent la connivence. Notre oeuvre collective est surprenante, inattendue et n'apparaîtra sûrement pas dans une galerie d'art. Pourtant, elle a été remise par mon fils à ses grands-parents, et je sais que ce présent « fait maison » représente bien plus qu'un cadeau ordinaire. Imparfait, croche, mais unique.